Colloque international – Faculté des Lettres de l’Université Babeş-Bolyai (Cluj-Napoca) – les 29 et 30 octobre 2021

Appel à communications

À l’occasion du 400e anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine, on tentera, à partir de l’œuvre du fabuliste français, de rouvrir et de renouveler un dossier déjà souvent et longuement traité dans la culture européenne : le bestiaire littéraire, ses modulations imaginaires, de la fantaisie au fantastique, et la portée herméneutique attribuée, au fil du temps et des modulations de la connaissance, à ces acteurs divers et récurrents de la poésie, du conte, du roman, du théâtre et bien sûr de la fable que sont les animaux.

Or, l’époque de La Fontaine semble avoir marqué une évolution décisive du savoir dans ce domaine : c’est alors que « l’histoire des animaux », où dominait depuis l’Antiquité le tissage des discours hérités mêlant imaginaire et réalité, laisse place à la zoologie « scientifique » fondée sur l’observation empirique et l’esprit critique. On connaît le débat entre les cartésiens et leurs adversaires néo-épicuriens sur l’âme des bêtes, qui doit une bonne partie de son succès au Discours à madame de La Sablière inséré dans le second recueil des Fables. Il reste beaucoup à analyser sur la répercussion dans l’imaginaire littéraire de cette fracture survenue au sein des savoirs et manifestée par une scission entre le discours du savant et celui du poète – expression du changement d’épistémé survenu entre la Renaissance et le xviie siècle, si on suit les analyses de Michel Foucault.

Ce n’est là, d’ailleurs, qu’un des épisodes de la longue histoire des idées et des images inspirées par le monde animal et par ses relations avec l’homme depuis les temps les plus reculés et jusqu’aux plus récents : cette histoire couvre tout le spectre de l’imaginaire allant de l’enchantement onirique à l’horreur, tout le spectre de la sensibilité allant de l’effusion à la terreur, tout le spectre esthétique allant du comique au monstrueux. On pourra parcourir ainsi les époques, depuis l’âge des mythes fondateurs et des contes premiers jusqu’à la fiction la plus contemporaine, dans diverses cultures européennes qui sur ce sujet partagent souvent la même vision des choses.

Pour classer les résultats de ces approches qui pourront être très variées, on propose trois axes majeurs de réflexion :

— le premier sera consacré à La Fontaine peintre animalier, dans les fables comme dans ses autres œuvres où peut intervenir sous une forme ou une autre la zoologie réelle ou fictive ;

— un autre sera consacré à l’animal « hiéroglyphe » en littérature et dans la tradition écrite et orale (contes, légendes, chant, livrets d’opéra et de ballet, bandes dessinées, etc.) : on s’intéressera au caractère emblématique attaché à telle ou telle espèce du bestiaire et à l’imaginaire esthétique, affectif, moral… dont témoignent, au fil de l’Histoire, les œuvres où elles apparaissent ;

— un dernier champ d’étude pourra porter plus spécifiquement sur l’imaginaire onirique et fantastique de l’animalité, autour de rêveries ancestrales réincarnées dans l’imaginaire moderne et contemporain, comme les métamorphoses féeriques ou monstrueuses, les alliances et les conflits entre les espèces et avec l’espèce humaine, l’image de l’animal dans la science-fiction et l’anticipation, etc.

Bibliographie indicative

– ***, « Le bestiaire perdu », Études françaises, numéro préparé par Nicole Deschamps et Bruno Roy, vol. 10, n° 3, 1974.

– Bianciotto, Gabriel, Michel Salvat, Épopée animale, fable, fabliau,Actes du IVe Colloque de la Société Internationale Renardienne, Évreux, 7-11 Septembre 1981, Paris, Presses Universitaires de France, 1984.

– Bornecque, Pierre, La Fontaine fabuliste, 3e éd. revue et corrigée, Paris, SEDES-CDU, 1983 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3323467b.texteImage].

– Calvet, Jean, Marcel Cruppi. Le Bestiaire de lʼantiquité classique, Paris, F. Lanore, 1955.

– Dandrey, Patrick, La fabrique des Fables. Essai sur la poétique de La Fontaine, suivi de Pour lire et comprendre (enfin ?) « La Cigale et la Fourmi », 3e éd., Paris, Klincksieck, 2010.

– Delacampagne, Ariane et Christian, Animaux étranges et fabuleux. Un bestiaire fantastique dans lʼart, Paris, Citadelles & Mazenod, 2010.

– Delfour, Julie, Bestiaire imaginaire, Paris, Seuil, 2013.

– McCulloch, Florence, Medieval Latin and French Bestiaries, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1962.

– Mordeglia, Caterina, Animali parlanti. 1-Letteratura, teatro, canzoni. 2-Letteratura, teatro, disegni, Firenze, Sismel, ed. del Galluzzo, 2017 et 2020.

– Pastoureau, Michel, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Seuil, 2011.

– Poirier, Jacques (dir.), Lʼanimal littéraire : des animaux et des mots, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, 2010.

*

Modalités et calendrier

Les communications seront limitées à 25 minutes suivies de quelques questions. Le colloque se déroulera en ligne et les communications seront présentées en français.

Les propositions de communications, d’un format de 1500 signes environ, rédigées en français, seront accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique d’environ 200 mots.

Les propositions seront reçues jusqu’au 15 juillet 2021 à l’adresse suivante : colloquelafontaine@gmail.com. Une réponse sera adressée aux contributeurs au plus tard le 5 août 2021.

Organisateurs

Andreea BUGIAC : andreea.bugiac@ubbcluj.ro

Marius POPA : marius.popa@ubbcluj.ro 

Comité scientifique

Patrick DANDREY (Sorbonne Université)

Alain GÉNETIOT (Université de Lorraine)

Ramona MALIŢA TANC (Université de l’Ouest de Timişoara)

Pierre RONZEAUD (Aix-Marseille Université)

Livia TITIENI (Université Babeş-Bolyai)

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